Peu après avoir pris un modeste petit déjeuner à la maison de Javier, je me dirige vers le garage de taxi. Je dois faire un aller-retour sur Popenguine et j'aimerai passer par la Forêt de Bandia qui est une réserve du coin assez connue pour ses animaux. Youssou m'avait conseillé de négocier ça pour 10000 francs CFA. Plus, ce serait abusé. En arrivant, un mec vient vers moi, il semble être le seul présent pour l'instant au garage de taxi, ça ne sera pas trop en ma faveur. Il me demande 20000. Je refuse. Je réussi à négocier le prix à 130000 francs CFA. Il accepte. Nous nous mettons en route.
Nous démarrons, il met sa musique, un lecteur MP3 d'une marque chinoise branché sur un amplificateur qui produit des sons trop forts pour ses baffles, le lecteur a une petite télécommande qui ne marche qu'à 1cm de l'appareil, mais faut absolument qu'il me montre ca. Le son crépite de tous les cotés. Mais ca ne l'empêche pas sur la route de ralentir dès qu'il voit une fille et de faire le Ronny sénégalais. 10 minutes après avoir démarré, le mec me dit: "je vais devoir m'arrêter, je dois souder mon pot d'échappement". Je lui dis qu'il avait du me dire ça avant, que ce n'est pas comme ça qu'on fait des affaires avec des clients, que de telles choses jouent sur le prix. Il tente de me rassurer, en disant qu'il en a que pour 5 minutes. Je suis relativement sceptique.
A Nguekhokh, il s'arrête, il demande à des garagistes de souder son pot échappement. Puis il revient vers moi: "ils vont en avoir pour 15 minutes". Je lui montre mon mécontentement. Il remonte directement dans son taxi pour me dire "ca va, ca va, on va partir!". Il tente de remettre sa voiture en marche, mais celle-ci refuse. La batterie de son véhicule ne semble plus être bonne non plus. Il y a de la fumée qui sort de son capot, et il y a même de la fumée dans l'habitacle. Je l'aide à pousser son véhicule pour le remettre en route mais rien n'y fait. J'en ai ras-le-bol. Je prend mon portefeuille, lui laisse 2000 FCFA en lui remerciant et souhaitant la bonne journée.
Je remonte la N1 à pied, en espérant qu'un taxi klaxonne afin que je puisse monter dedans. 10 minutes après, il me rattrape. Il désespère. Il veut à tout prix me récupérer comme client. Je lui dis que je ne remonterai son taxi que si on renégocie le prix, car il m'a fait perdre du temps. On s'accord à 11000, prix total (et donc, je lui doit encore 9000). Il m'embarque. Il s'arrête à une station service afin de remettre de l'essence. Il me demande une avance, je refuse, lui disant qu'il venait de recevoir 2000 FCFA de moi et que ca devrait suffire pour le trajet. Il comprend que ca ne marchera pas et remplit son véhicule comme je lui avait dis.

La route vers Popenguine se passe bien pour la suite. Popenguine est un charmant village, qui n'a pas trop perdu de son authenticité grâce à la réserve naturelle qui entoure le Cap de Naze (#truestory!), la plage est magnifique avec d'impressionnantes falaises. Etonnement, peu de toubabs et aucun vendeur qui vient vous solliciter. Ce pays n'a pas fini de me surprendre. Je descend vers le Cap de Naze, en passant par un groupe de jeunes qui joue au foot sur la plage, puis remonte ensuite vers le village.



Il est l'heure de manger mais je n'irai pas à ce restaurant sur la plage, je préfère remonter un peu afin d'y manger dans ce petit restaurant français avec une impressionnante vue sur mer et, ce que j'ai seulement réalisé ayant fini mon plat, ce qui ressemble à une peau de chien mort depuis quelques temps (mais qui à mon avis n'a pas du mourir à cet endroit, surement emporté par l'un ou l'autre vautour ou autre animal).

Vient ensuite la deuxième partie de la journée, la Foret de Bandia. A l'arrivée, on me dit qu'il est impossible de faire le tour en 4x4, sauf si je paie seul le prix de location du véhicule (40000 FCFA ou 60 euros), ce que trouve un peu excessif, surtout que ça n'inclut pas encore mon accès au parc ni le guide. Le gardien me dit que la route est tout à fait praticable par le taxi. Je tente de négocier avec le chauffeur qui me demande 6000. Je lui dit 4000. Il refuse. Je lui dit qu'on rentre à La Somone et soudainement il accepte l'offre. Prix total pour visiter le parc, donc: 10000 FCFA (accès véhicule), 10000 FCFA (accès personne), 4000 FCFA (guide) et 4000 FCFA pour le taxi, donc 28000 FCFA (ou 43 euros), ce qui fait assez cher, mais #pourunefoisquonestenafrique!

La Foret de Bandia fait près de 700 hectares et forme une réserve avec plusieurs rhinocéros, antilopes, buffles, kudu, giraffes, zèbres et, arrivé de manière tout à fait sauvage, des singes. Il y a également dans un environnement barricadé une hyène ainsi qu'une multitude de crocodiles. La réserve de Bandia est une bonne initiative, surtout dans un Sénégal où la conscience écolo n'existe pas trop. Pourtant, j'en étais assez déçu, mais ce n'est pas le Kenya non plus. Il y a dans le parc un baobab éléphant dont l'intérieur a servi de tombeau de griots, une ancienne pratique sérère avant l'arrivée de la religion musulmane.
La visite s'achève, il est temps de retourner à La Somone. Une fois arrivé, je paie les 13000 FCFA restants à mon chauffeur de taxi. Il me réclame encore 2000, me disant que j'avais dis que j'allais lui donner 15000 FCFA. J'insiste sur le fait qu'il avait déjà reçu 2000 avant, mais il ne veut pas lâcher. Je commence à m'énerver et le ton monte. Je lui explique que je ne suis pas un portefeuille sur pattes et qu'il ne faut pas constamment chercher à m'arnaquer. Des gens autour m'ont entendus et le regardent, il est gêné, il lâche prise. Ce mec est exceptionnel.
Au soir, Javier ramène du mouton de la dibiterie (commerçants qui vendent de la viande grillée), je suis d'abord pas fan ayant vu à quoi ressemble les conditions d'hygiène dans une dibiterie, mais je me dis qu'il va falloir vaincre ce tabou à un moment ou un autre, ce soir est idéal. Je ne le regrette pas. La viande est très bonne et se mange avec les mains, elle est certes un peu grasses, mais pas moins délicieuse pour autant. Javier part se reposer, je reste à table avec Youssou. On parle d'un tas de sujets, allant de la religion, au Sénégal, mais aussi en Europe. Youssou me confie qu'il est Baifal, un mouvement musulman assez ouvert, proche de ce que nous avons tendance à appeler en généralisant un peu "rasta".